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mardi, 01 août 2006
quarante-et-un (où mènent toutes les routes)
De retour d’un rapide week end passé à la verte, entre soleil et nuages. Dire que cela ne m’a pas changé les idées serait mentir, mais je ne peux cependant me défaire d’une certaine désagréable impression, commune à chaque retour de vacances ou de virée, d’avoir bêtement tourné en rond sur les routes. D’avoir semé l’argent aux quatre vents, sans espoir de récolte. De m’être amusé, certes, mais pas plus qu’à Paris : à peine différemment. J’ai le sentiment d’être revenu au point de départ, les bagages aussi légers qu’à l’aller ; et à vrai dire, d’avoir quelque peu perdu mon temps... On se cherche un nouvel air, des expériences, des souvenirs, on attend des émerveillements, des apprentissages ou des rencontres ; on aimerait simplement rentrer un peu changé, amélioré. Et le dimanche soir, on reprend sa vie là où on l’avait laissée, on lui dit bonjour en ouvrant la porte de chez soi, une petite caresse sous le menton et on se remet à la nourrir comme on remplit la gamelle à son chat affamé.
Quel désert que ce Paris des mois d’été ! Sans vouloir faire le rabat-joie, je trouve cette période de vacances, dès la fin de juin et jusqu’aux premiers jours de septembre, complètement désolante. Mais plus encore, curieusement dérangeante : le fait que pendant toute une saison le pays entier, des commerçants aux entreprises, en passant par les élèves, les étudiants et leurs professeurs, le gouvernement, la télévision et même l’ensemble des médias, s’évanouisse dans une torpeur fainéante, me laisse au mieux songeur, au pire, quelque peu critique. C’est le calendrier lui-même qui semble faire une pause, le temps qui paraît s’arrêter sous les ardeurs du soleil ; mais détrompez-vous, le monde continue de tourner, et pas toujours très rond.
Et puis, les vacances sont aujourd’hui devenues (enfin, peut-être l’ont-elles toujours été, je ne sais pas) une sorte de convention sociale, de règle entendue, d’étiquette à laquelle il ne faut surtout pas déroger. Ne pas en prendre, c’est inévitablement passer pour un type bizarre, ou alors pauvre, ce qui est la même chose. Pourtant les congés, c’est un concept ultra-ciblé : on vise les travailleurs, d’une part, et les groupes, familles, couples, amis, d’autre part. Car que signifie prendre du repos quand on ne travaille qu’un jour sur deux, comme c’est mon cas, quand on est généralement libre de ne pas se lever le matin, et qu’on gère son temps comme on le désire ? Où est l’attrait de s’envoler loin d’une supposée routine avec une fille qu’on n’aime en fait que la nuit, sous sa couette ? Quant à partir en vacances avec des amis… Pour ma part, ce ne serait qu’opérer une translation bien inutile à nos excès parisiens, et aller faire à cinq cents ou mille kilomètres, et peut-être même en pire, ce que l’on fait déjà ici.
Il y a trois ans, j’avais pris le parti de m’organiser seul un grand tour de l’Irlande, avec voiture de location, réservations de chambres et circuit touristique programmés à l’avance, en laissant juste une touche d’improvisation : celle, sans doute, qui m’a fait oublier tous mes croquis dans un taxi, le dernier jour. A part ce petit incident, et le fait que j’ai ressenti du début jusqu’à la fin de mon séjour un lourd et cruel sentiment de solitude, j’ai passé près de deux semaines assez agréables, à faire ce que je voulais, quand je le voulais, à changer mes plans si le cœur m’en disait, et à boire des pintes avec des Irlandais ma foi forts festifs et accueillants. Du coup, cette année, je crois que je vais remettre le couvert, et aller voir ailleurs si j’y suis. Un programme du tonnerre. Constance est dans le Sud, chez des amis ; elle m’appelle de temps en temps et m’a même envoyé une carte postale, mais de l’ensemble, j’ai compris qu’on ne se verrait sans doute pas de l’été. Tant mieux, je nous trouvais de toute façon beaucoup trop proches : par exemple, je le confesse, le coup des clés m’a benoîtement fait flipper. Mes amis partent généralement en couple, mais l’un deux me propose de passer quelques jours dans leur maison de la côte basque (enfin, celle des parents) et je vais certainement accepter. En rentrant, détour par Nantes pour une visite éclair à ma délicieuse famille, et surtout à ma sœur. La charmante personne me prête sa voiture, et dès le 15 ou 16 août, je m’envole sur l’autoroute vers une destination inconnue, certainement après avoir franchi une frontière. Laquelle ? Seul l’avenir nous le dira - ainsi que les photos, notes et croquis, que j’ai bien l’intention de réaliser pour proposer à mon retour un compte-rendu personnel de mon périple.
Ah ! c’est beau de faire des plans sur la comète. Je doute que tous ces grands projets se réalisent comme je les ai décrits ; ce qu’il y a de sûr en revanche, c’est que pour le moment et jusqu’à vendredi au moins, je suis là, et bien là.
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