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vendredi, 23 juin 2006

trente-et-un (oh)

Respirer profondément. Souffler. Inspirer, expirer. Prendre de l’air. L’emmagasiner. Un grand silence, fermer les yeux. Plonger.

Du parfum, du parfum, du parfum ! Une texture, douce, moite, granuleuse ; une figure pâle et rose, rouge. Du parfum. Inspirer, gonfler les poumons, encore, encore. Lâcher.

Sentir les lignes. Suivre les courbes. Frôler la peinture, tracer, glisser. L’air est lourd, file sous les doigts. Tempête au creux des lèvres. Reprendre son souffle.

Boire, aussi. Voir l’eau couler dans sa gorge. De plus belle.

Tourner et se tordre, mêler, lutter, jouer et feindre, feinter et jouir, peindre le jour et puis, mourir. Se laisser éblouir par les reflets de la surface. Remonter à l’air libre.

Respirer, devenir, s’endormir. Sans le savoir, tomber.

02:06 | Lien permanent | Commentaires (25)

mercredi, 21 juin 2006

trente (Jean-William)

C’est une des moments que je préfère. Là où s’affine la trame, monte la pression, s’exacerbent les tensions et où se jouent tous les drames à venir. Non, attendre la fin de la première phase de la Coupe du monde pour se remettre au boulot, c’est vraiment une mauvaise idée. C'est qu’à force de ne rien faire, je me retrouve comme d’habitude au pied du mur pour exécuter dix tâches urgentes en même temps. Oui, malheureusement c’est ainsi depuis que j’ai commencé à avoir des devoirs à la maison, en primaire. On a eu beau me répéter qu’il fallait « s’avancer », ça ne m’est jamais rentré dans le crâne. N’essayez plus de me faire croire que les années de collège, de lycée puis d’études sont les meilleurs moments de l’existence : je ne pourrais qu’opposer le stress et même les perpétuelles angoisses matinales qu’on subit quand on se lève sans avoir fait ses devoirs. « T’as fait tes maths ? » (la goutte à la tempe). « Tu me passes ton latin ? » (la main qui tremble). « T’as révisé ? » (la boule dans la gorge).

Moi, mon domaine, c’était les langues, anglais, allemand et latin. Avec une mère interprète, moitié Flamande, c’était la moindre des choses. J’échangeais donc régulièrement mes versions et autres exercices contre les problèmes de maths ou les comptes-rendus de TP de physique, deux langues qui m’étaient bien plus étrangères. Mais j’avais encore une autre corde à mon arc : le dessin. Je ne parle pas des arts plastiques, matière qui ne demande jamais de travail à la maison et que tout le monde adore, en plus. Mais tout comme les mathématiques s’ouvrent parfois, via la géométrie, à l’artiste des lignes droites et des graphiques, la biologie offre tout un panel de schémas et autres reproductions qui raviront le dessinateur en herbe.

C’est ainsi qu’un beau jour, en classe de quatrième si ma mémoire est exacte, j’ai laissé éclater mon talent afin d’effectuer en plus de la mienne, quatorze reproductions d’un schéma de l’appareil digestif humain pour mes petits camarades. Avec quatorze styles différents. Quatorze petites erreurs. Et des couleurs qui changeaient chaque fois. Du grand art, à tel point que le tube digestif, ou du moins son image, n’eut bientôt plus de secret pour moi. Et qu’il devint même le héros récurrent d’aventures dessinées toutes plus débiles les unes que les autres, sous le nom de « Jean-William le tube digestif chantant ». Le voici, retrouvé par miracle (et par hasard, en fouillant dans des vieux dossiers) :

medium_jean-william1.jpg


Dommage que je ne puisse remettre la main sur une de ses formidables aventures. Je me rappelle notamment l’une d’entre elles où Jean-William donnait son premier concert à l’Olympia, et faisait fuir le public à cause de son aspect monstrueux. Un véritable hymne à l’acceptation des différences, en somme.

Bon, c’est bien joli mais ce n’est pas Jean-William qui va me boucler mon travail, moi…

20:00 | Lien permanent | Commentaires (44)

mardi, 20 juin 2006

vingt-neuf (accumuler les qualités)

Les gens, pour la plupart et mêmes s'ils ne se considèrent pas trop moches, trouvent pourtant toujours à redire sur leur apparence. Certains se voient trop gras, d'autre trop petits, ou encore souffrent de leur gros cul, ou bien rêvent à une poitrine parfaite, quand ce n'est pas leur nez qui les travaille. Ils font du sport ou des régimes à la quête de la ligne idéale, se serrent dans des pantalons trop petits, se ruinent en coiffeurs ou en esthéticiennes ; d'aucuns vont jusqu'à la table d'opération se faire arranger à force coups de bistouri. Bien.

Mais regardez autour de vous : qui n'est pas bourgeoisement satisfait de son intelligence ? Qui ne se contente pas des cinquante misérables points de QI que la nature, dans un élan de grande générosité, d’exceptionnelle mansuétude, a bien voulu lui accorder ? Qui se sait, se croit, se devine limité du cerveau ? Personne. Moi-même, je reste convaincu d’être le plus intelligent, loin devant tout le monde. Et quand ce n’est manifestement pas le cas, je me console : « intelligent, mais à ma manière ».

C’est complètement aberrant. Alors qu’il suffirait d’être juste un peu moins con pour se trouver juste un peu plus beau.

***

Ajout de 13h30 :

Voilà ce qui arrive quand on fait de grandes déclarations unilatérales, sans y réfléchir à deux fois. On s'embrouille. On finit par douter. Et on n'y croit plus. J'ai bien l'impression finalement que je pense exactement le contraire de ce que j'ai écrit, ou pas le contraire mais quelque chose de différent, ou alors non, enfin c'est l'horreur quoi. Merci aux intervenants qui m'ont un peu calmé ma joie ! Je vais vite pondre une autre note pour cacher celle-là (c'est une nouvelle forme de censure très efficace).

10:40 | Lien permanent | Commentaires (29)

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