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vendredi, 09 juin 2006

vingt-sept (vivement lundi)

La mauvaise humeur peut naître de mille façons ; je vous raconterai un jour, bientôt peut-être, la plus drôle. Ce matin, c’était au réveil, en décollant la première paupière. L’expression « se lever du pied gauche » est assez parlante : c’est souvent en effet avant même de poser le pied qu’on sent que son humeur a tourné dans le sommeil comme une vilaine mayonnaise.

J’ai passé la première nuit chez moi, et sans Constance, depuis une semaine au moins. La belle, que j’ai fini par attraper au téléphone hier en fin d’après-midi, m’a expliqué qu’elle était partie de bon matin « faire des trucs » (on n’en saura pas plus) et qu’elle prenait le train le soir même pour Nantes. Elle ne rentrera que lundi soir, « au plus tôt ». « On dirait que tu m’en veux ? — Mais non, pas du tout… »

Et puis, ma voisine, celle du Danemark, croisée hier dans l’escalier, m’a expliqué que sa Karen, jeune fille au pair de son état et surtout véritable atteinte aux bonnes moeurs, avait brutalement – et définitivement - regagné ses contrées hostiles suite au décès d’un membre de sa famille. Envolée. Disparue. On ne la reverra plus. Mon humble immeuble peut redevenir l’asile de vieux qu’il a toujours été. Déménagez-moi !

Pour ma part, ce week end, je vais à un mariage je sais pas trop où vers Bordeaux. C’est presque professionnel, et je ne connais personne. Je pars ce soir en voiture de location avec une fille qui travaille avec moi, et son copain ; c’est une de nos relations de boulot qui signe le contrat éternel avec un Anglais, apparemment. Intéressant n’est-ce pas. Le problème étant que mon costume le plus classe, le plus léger et aussi le plus propre - le Zegna - se trouve chez Sidonie. Qui bosse aujourd’hui, bien sûr. Ah, pourquoi je fais tout ça, je me le demande. C’est un véritable talent chez moi, que de me fourrer dans des histoires à la con. Je ne cesse de rendre service à tout le monde, d’accepter des invitations de complaisance, de dire oui quand je pense non, et je me retrouve à éructer contre la vie et ceux qui la peuplent.

Bon, j’arrête là. Salut.

***

Ajout de 12h30

Je voulais aussi parler du rêve que j'ai fait cette nuit. Pour une fois que je m'en souviens, je ne le lâche pas. Il pourrait s'appeler "Mossian, 30 ans, retourne en terminale". Ca se passe dans mon ancien collège, c'est la rentrée ou du moins le début de l'année, et impossible de me rappeler à quelle classe j'appartiens. Terminale 9 ? ou 19 ? Les heures passent, puis les jours, et je suis encore là à errer dans les couloirs, pendant que tout le monde se précipite en cours à chaque sonnerie.

Oui, c'est tout. Bon week end.

11:30 | Lien permanent | Commentaires (22)

jeudi, 08 juin 2006

vingt-six (les choses du matin)

Hier soir, match France-Chine, chez mon pote Alex dans le 10. Nous étions quatre en tout, quand l'un d'entre nous (mais pas moi) a sorti de sa poche deux bons grammes de c. On s'est tout enariné devant Zidane et consorts, c'était marrant. Résultat 10-0, pardon, 3-1.

Je suis ensuite rentré chez Constance que je ne quitte décidément plus. On a beau dire qu’on est indépendant, qu’on ne veut pas former de couple, et qu’on préfère la solitude… J'ai mal dormi, bien sûr, en tout cas, je me suis réveillé vers 5 heures du matin avec un inébranlable barreau. Impossible de rallier Constance à ma cause, la pauvre dormait tout son soûl ; j'ai résolu de passer un pantalon du mieux que je pouvais et de sortir un peu.

Il faisait frais dehors, mais de cette fraîcheur estivale qui annonce la chaleur de l'après-midi, et ça, j’adore. On voyait se lever le soleil et j’ai regretté de ne pas avoir mon Polaroïd : il lui reste toujours une dernière photo à prendre, ç’aurait été parfait. Je suis monté à la Butte aux Cailles, j’y connais une boulangerie dont vous me direz des nouvelles. C’était fermé bien sûr, mais les fourneaux tournaient déjà à plein régime en parfumant tout le quartier d’une odeur de pain chaud à se damner. Dans ces cas-là, il faut prendre patience et attendre qu’un des pâtissiers sorte fumer sa clope ; ce n’est jamais très long. Ca n’a pas loupé : j’en ai croisé un au bout d’une dizaine de minutes à qui j’ai demandé s’il était possible d’avoir du pain et des croissants. Finalement, je n’ai pris que deux pains au chocolat parce que je me suis dit qu’il était trop tôt pour rentrer, ils étaient chaud et dégoulinants, et croustillants sur le dessus ; bref, l’idéal. Je me les suis empiffrés sur un banc et j'ai pensé que j'aimerais bien être fumeur parce que c'est dans ces moments-là qu'on apprécie une cigarette. Plus tard, je suis allé prendre un express en terrasse, mais le garçon, désagréable comme sa charte de serveur parisien l’y oblige, m’a vite soûlé alors je suis rentré.

En arrivant chez Constance, un peu avant huit heures, j’ai pensé qu’avec tout ça j’avais oublié de lui ramener du pain, ç’aurait été la classe pourtant. Mais la petite avait filé. Il n’y avait plus personne chez elle, le lit était défait mais la douche avait servi. C’est pas du tout son genre à la Constance de se lever si tôt, je me demande bien ce qui lui est passé par la tête. Son téléphone ne répondait pas, on tombait directement sur son répondeur qui dit juste « Constance ». J’ai laissé plusieurs messages et puis je suis rentré chez moi.

Aucune nouvelle depuis.

12:00 | Lien permanent | Commentaires (11)

mardi, 06 juin 2006

zéro (en manque)

OUAIS BON, le journal du Vernis Rouge qu'on lit comme on se fait une ligne, a disparu. "Authorization required", plus exactement, mais le résultat est le même. Mes appels désespérés à l'intéressée sont restés lettres mortes.

Aidez-moi.

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Ajout de 20h30 :

OUAIS BON semble avoir été piraté, tout comme le mail du Vernis Rouge. Découvert un message terrible ici.

Le processus de deuil peut commencer.

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Ajout du 08 juin, 11h :

Reçu un mail du Vernis Rouge. La pauvre Murielle a été tout piratée, et n'a "plus d'identité virtuelle". Aux dernières nouvelles, elle ne compte pas se refaire un blog, même si elle continue d'écrire. Oui, c'est un peu dur. Enfin c'est toujours un soulagement de savoir.

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Ajout du 15 juin :

Face à la pression de ses nombreux admirateurs, le Vernis rouge se lance dans un nouveau texte intégral Ouais bon. L'adresse du lien OK d'accord a été modifiée en conséquence. Mu, un mot : merci.

19:00 | Lien permanent | Commentaires (18)

vingt-cinq (avec mon p'tit bouquet)

Puisque hier il faisait beau, et que j’avais décidé de remettre à aujourd’hui le début de ma grande semaine de remotivation (lundi de pentecôte oblige), j’ai pensé que je pourrais tenter l’expérience dite du bouquet à l’inconnue. Ca tombait bien, en rentrant de chez Constance de bon matin, l’humeur radieuse comme on pourra se l’imaginer, je n’ai croisé que d’absolues beautés fraîchement écloses de l’été, toutes vêtues de tenues légères, la jambe déjà bronzée et le cheveu doré. Je ne m’explique toujours pas l’effet du soleil sur les filles, c’est un véritable miracle ; au moindre rayon, les voilà qui sortent la tête de leur carapace hivernale, prêtes à chanter les vacances et enchanter les garçons. J’ai failli m’évanouir en croisant une petite ; la pauvre, ça ne devait pas dépasser les dix-sept ans, peut-être même seize, mais c’était l’incarnation du divin. Quelle sensation ça peut être de porter si haut la beauté ? Mystère. Bon, seize ans, malheureusement ce n’est de toute façon pas possible.

Bouleversons un peu, une fois n’est pas coutume, l’ordre chronologique de la narration. Sautons quelques heures et plaçons-nous dès à présent dans la situation du Mossian tout embouquetté de pivoines et de tournesols, et de bien d’autres fleurs bucoliques et coquines dont je ne connais pas les noms, à l’entrée Ouest du Jardin des Plantes. J’avais prévu de longer la ménagerie, puis d’aller me poster à l’entrée principale, côté Seine, afin de remonter l’allée centrale. C’était bien ma veine si je ne croisais pas quelque délicieuse à qui présenter mes hommages et mes fleurs, un genou à terre, avant de m’éclipser à contre-jour, le cœur fier et léger. Mais, j’étais mal préparé. D’abord, il faisait chaud et j’avais gardé ma veste, suffisamment encombré que j’étais par mon volumineux bouquet. Disons-le tout net, quand il fait chaud, j’ai une sale gueule. Quand il fait froid aussi, vous me direz, mais ça c’est un peu pareil pour tout le monde. Et puis, comme disait l’autre, avec mon p’tit bouquet, j’avais l’air d’un con. C’est sûr, tout le monde me regardait et rigolait. Un peu freiné par ces considérations embarrassantes, je me suis en outre assez vite rendu compte que l’endroit lui-même était assez mal choisi. Dans l’ensemble, on croisait plus de mamans à poussettes, d’enfants geignards et de chiens langue pendante que de jeunes filles en fleur. Il y avait même des gars qui faisaient leur jogging, pour le glamour, on a vu mieux.

Je ruminais ma bêtise et commençait à maudire ce journal et ses lecteurs, qui m’avaient poussé au ridicule sans que je ne me rende compte de rien, quand j’aperçus une petite jeune femme, la trentaine charmante, qui lisait sur un banc. C’était un peu embêtant qu’elle soit assise, ne pas la croiser ça ferait moins naturel, mais allez, ça me laissait le temps de réfléchir à un plan d’action. Parce que je ne savais pas trop de quelle manière aborder mon sujet. Finalement, pourquoi j’offrais des fleurs à une inconnue ? J’avais pas envie de passer pour un vilain pervers en imperméable, écumant les allées des jardins publics pour trouver une victime à harceler. Bon, j’ai pris mon parti (« pense à l’expérience », me répétais-je intérieurement) et me suis élancé avec un air d’innocence épurée finement dosé d’une pointe de malice :
— Pardon de vous déranger, bonjour, voilà j’ai ce bouquet de fleurs et je ne sais plus trop quoi en faire, j’ai pensé que peut-être il vous ferait plaisir ? (sourire idiot, goutte à la tempe et cœur qui bat)
— Vous avez un bouquet de fleurs et vous ne savez plus quoi en faire ? Pourquoi vous ne l’offrez pas à votre petite amie ? Ca lui fera plaisir, à elle !
L’argument choc. Imparable. Merde, c’était déjà mal barré. Lui dire que je n’avais pas de petite amie, c’était me condamner à la position de l’imposteur, du type louche qui n’a rien à faire avec des fleurs. Lui avouer l’expérience, et c’était le refus sans concession. J’ai tenté le tout pour le tout :
— Elles ne vous plaisent pas ? C’est à cause des tournesols ?
— Oh mais non, mais si, beaucoup, elle sont très belles…
— Et bien prenez-les. (sourire de gendre idéal)
Franchement, elle a bien failli les accepter. Elle allait tendre le bras et puis une dernière idée mauvaise a dû lui venir à l’esprit, enfin je sais pas, mais elle a souri non, vraiment, merci, avant de replonger le nez dans son roman.

J’ai ravalé ma gêne et ma honte, lui ai dit tant pis au revoir sans même chercher un ultime petit trait d’humour, puis j’ai tourné les talons. L’échec. Pire : l’humiliation. J’avais l’air malin ! Fini l’expérience, fini les fleurs. Going back home. Quelle idée j’avais eu, on veut faire plaisir et voilà ce qui arrive. Le bouquet, j’aurais pu le donner à Constance, mais ç’aurait été comme lui offrir des chaussures d’occasion... Du coup il traîne chez moi dans une bouteille d’eau découpée, parce que des vases, faut pas rêver y en a pas ici. Allez, c’est pas grave, pour une fois qu’un végétal passe la porte de chez moi.

Cela dit, mon échange avec la fleuriste, quelques heures plus tôt, a été particulièrement réussi. C’était une petite jeune fille de vingt ou vingt-deux ans environ, jolie sans être un miracle, avec les cheveux courts à la garçonne et un tablier qui s’il ne mettait pas vraiment ses formes en valeur, lui donnait un petit air mutin, voire coquin, suffisamment agréable à l’œil pour que j’engage la conversation sur des sujets plus avancés. La mignonne était donc en train de me conseiller sur le bouquet quand je me suis posé la question toute bête de savoir s’il arrivait qu’on offre des fleurs aux fleuristes. Pourquoi pas, finalement, moi j’ai jamais trouvé que les cordonniers étaient particulièrement mal chaussés. Et bien pas du tout, elle s’est arrêtée tout net la fille quand je lui ai demandé, elle s’est retournée avec un grand sourire marrant et elle m’a répondu que ça, non, depuis qu’elle était employée dans cette boutique on ne lui avait pas offert la moindre tige, et c’était la première fois qu’elle s’en rendait compte. On a rigolé, et enchaîné sur une petite conversation légère, badine, et pleine de sous-entendus - du moins de ma part. C’est toujours plus facile de séduire les fleuristes, c’est comme quand on achète des bijoux, on passe pour l’amant idéal qui fait des cadeaux avec le sourire. Bref, tout ça m’a suffi pour avoir envie de l’entraîner dans l’arrière boutique, mais allez, on n’est pas des animaux, et puis elle aurait sans doute pas été d'accord.

J’ai pensé plus tard que mon bouquet, j’aurais pu lui ramener à cette jolie petite fleuriste délaissée, elle aussi était une inconnue finalement. Mais bon ç’aurait été comme de lui avouer que je m’étais fait rembarrer. C’était lui dire que ses fleurs elles plaisaient à personne…

10:50 | Lien permanent | Commentaires (23)

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